KUNG FU CLUB CHOLETAIS · DEPUIS 1997

Conte chinois pour enfants · Double Neuf

Le vieil homme qui déplaça les montagnes

愚公移山Yúgōng yí shān

Dès 6 ans6 min de lectureDouble Neuf

À quatre-vingt-dix ans, le vieux Yugong décide de déplacer deux montagnes géantes avec des paniers : est-il complètement fou, ou le plus sage de tous ?

Un vieil homme joyeux à la longue barbe blanche porte deux paniers de terre sur une palanche, suivi de sa famille, devant deux immenses montagnes

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Ferme les yeux, on te raconte l’histoire

Il était une fois…

Il était une fois, au pied de deux montagnes immenses, un vieil homme qu'on appelait Yugong. Il avait presque quatre-vingt-dix ans, une barbe blanche qui lui tombait jusqu'à la ceinture et des yeux qui pétillaient comme ceux d'un enfant.

Le vieux Yugong, longue barbe blanche et chapeau de paille, sourit devant sa petite maison au pied des montagnes

Les deux montagnes se dressaient juste devant sa maison. Elles étaient si hautes que leurs sommets se perdaient dans les nuages, et si larges qu'elles cachaient tout l'horizon. Chaque fois que Yugong ou sa famille voulaient aller au marché, ils devaient faire un détour énorme. Il fallait marcher des heures et des heures, contourner les rochers, grimper, redescendre… Le soir, tout le monde rentrait les pieds en compote.

La famille de Yugong fait un long détour autour de la montagne pour aller au marché ; les enfants se reposent sur un rocher

Un jour, Yugong réunit toute sa famille autour de la table : ses fils, ses belles-filles, ses petits-enfants.

Yugong réunit toute sa famille autour de la table ; les petits-enfants lèvent les bras avec enthousiasme

— J'ai une idée, annonça-t-il. Et si nous déplacions ces montagnes ? Nous pourrions ouvrir un chemin tout droit jusqu'au marché !

Une toute petite maison au pied de deux immenses montagnes vertes dont les sommets se perdent dans les nuages

Il y eut un grand silence. Puis tout le monde se mit à parler en même temps.

— Oui ! Bonne idée ! s'écrièrent les petits-enfants.

Seule sa femme fronça les sourcils.

— Mon pauvre mari, tu n'arriverais même pas à déplacer une petite colline ! Et puis, toutes ces pierres et toute cette terre, où vas-tu les mettre ?

Le soir, les petits-enfants sautent de joie, la grand-mère fronce les sourcils et Yugong montre la mer au loin

— Nous les porterons jusqu'au bord de la mer, répondit Yugong tranquillement.

La famille porte des paniers sur une très longue route vers la mer, au fil des quatre saisons

Le lendemain, dès le lever du soleil, le chantier commença. Yugong prit une pioche. Ses fils prirent des pelles. Les petits-enfants prirent des paniers, qu'ils accrochèrent aux deux bouts d'une longue perche posée sur leurs épaules. Tac, tac, faisaient les pioches. Chhh, chhh, faisaient les pelles. Et hop ! on remplissait les paniers, et en route vers la mer.

Au lever du soleil, Yugong donne un coup de pioche pendant que la famille remplit les paniers de terre

Même le petit garçon de la voisine, qui avait perdu une dent de lait la veille, vint les aider en sautillant.

Yugong porte deux paniers de terre au bout d'une perche, suivi de toute sa famille

Le voyage jusqu'à la mer était si long qu'il fallait presque une année entière pour faire un seul aller-retour. Alors les montagnes, bien sûr, ne rapetissaient pas beaucoup.

La montagne géante n'a presque pas rapetissé ; le voisin arrive sur le chemin, les mains dans le dos

Un jour, un voisin vint les voir. C'était un vieil homme qui se croyait très malin, et tout le monde le trouvait très malin aussi. Il éclata de rire.

Le voisin éclate de rire et montre les montagnes, pendant que Yugong caresse calmement sa barbe

— Ha, ha ! Yugong, tu as perdu la tête ! Tu es vieux, tu n'as plus beaucoup de forces. Tu n'arriveras même pas à arracher un brin d'herbe de cette montagne. Alors la déplacer tout entière !

Yugong posa sa pioche. Il essuya son front, caressa sa barbe blanche, et répondit calmement :

Yugong pose sa pioche, s'essuie le front et caresse sa barbe blanche avec un sourire paisible

— Tu crois être malin, mais tu ne vois pas plus loin que le bout de ton nez. Écoute-moi bien. Oui, je suis vieux. Mais après moi, il y aura mes fils. Après mes fils, il y aura mes petits-fils. Puis leurs enfants, et les enfants de leurs enfants. Ma famille ne s'arrêtera jamais. Tandis que les montagnes, elles… elles ne grandissent pas ! Alors, un jour, forcément, elles finiront par disparaître.

Une longue file de générations, des plus grands aux plus petits, porte chacun un petit panier de terre

Le voisin ouvrit la bouche… puis la referma. Il ne trouva rien à répondre. Il repartit en se grattant la tête.

Le voisin repart en se grattant la tête pendant que la famille continue de remplir les paniers

Or, tout là-haut, sur les montagnes, vivaient des esprits qui avaient tout entendu. Ils prirent peur : ce vieil homme-là ne renoncerait jamais ! Ils coururent raconter l'histoire au souverain du ciel.

Dans son palais doré au-dessus des nuages, le souverain du ciel envoie deux géants souriants

Le souverain du ciel écouta, et il fut très ému par le courage et la patience de Yugong. Il fit alors venir deux géants très forts.

— Allez sur la terre, leur dit-il, et portez ces deux montagnes ailleurs, là où elles ne gêneront plus personne.

Cette nuit-là, pendant que la famille de Yugong dormait, les deux géants soulevèrent chacun une montagne sur leur dos, comme on soulève un gros sac de riz, et les emportèrent très loin.

La nuit, deux gentils géants emportent les montagnes sur leur dos pendant que la famille dort

Au matin, quand Yugong ouvrit sa fenêtre, il n'en crut pas ses yeux. Devant sa maison, il n'y avait plus que la plaine, toute verte, et un joli chemin bien droit qui filait jusqu'au marché.

Au matin, Yugong ouvre sa fenêtre : à la place des montagnes, une plaine verte et un chemin tout droit

Les petits-enfants poussèrent des cris de joie. Yugong, lui, sourit dans sa barbe.

Les petits-enfants et le chien courent sur le nouveau chemin vers le marché

Et depuis ce jour, en Chine, quand quelqu'un se lance dans un travail très, très long et qu'il ne renonce pas, on dit qu'il est comme Yugong, le vieil homme qui déplaça les montagnes.

Au coucher du soleil, toute la famille marche main dans la main sur le chemin tout droit

La morale

Les grandes choses se font petit à petit, pas à pas, et encore mieux quand on les fait ensemble.

Kung-fu

Et le kung-fu dans tout ça ?

Dans une école de kung-fu, le savoir se transmet comme dans la famille de Yugong : le maître apprend à ses élèves, qui un jour aident les plus jeunes à leur tour. Personne n'apprend tout en un jour. Chaque cours, c'est un petit panier de terre : on avance ensemble, génération après génération.

Dans une salle de kung-fu, un grand élève aide un petit enfant à tenir sa position du cavalier

Ce conte se raconte souvent au moment de la Fête du Double Neuf (Chongyang).

Pour les parentsD’où vient cette histoire ?

愚公移山 est une fable du Liezi, texte taoïste compilé vers le IVe siècle à partir de matériaux plus anciens (chapitre Tang wen). C'est une fable, pas un récit historique. Le nom Yugong signifie littéralement « le vieux sot » : c'est un jeu de mots, car celui qu'on croit sot se révèle le plus sage, tandis que le voisin réputé malin ne voit pas plus loin que sa propre vie. Vous pouvez en parler avec votre enfant.

Pour aller plus loin : Wikipédia (en) · Wikipédia (zh) · ctext.org · Wikipédia (fr)