Il était une fois…
On raconte qu'il y a plus de mille ans, en Chine, vivait un petit garçon qui s'appelait Li Bai. Il était vif, curieux, plein d'idées. Il adorait les histoires, les oiseaux, la lune et les rivières. Mais il y avait une chose qu'il n'aimait pas du tout : rester assis à apprendre ses leçons.

Chaque matin, Li Bai allait à l'école. Il ouvrait son livre, il regardait les caractères, un, deux, trois… et puis il soupirait. C'était long ! C'était difficile ! Il fallait recopier les mêmes caractères encore et encore, réciter les mêmes textes, encore et encore.

Un jour, par la fenêtre, il vit un papillon passer. Le soleil brillait, les oiseaux chantaient.

— Tant pis pour les leçons ! se dit-il. Je vais me promener.
Et hop ! Pendant que le maître avait le dos tourné, Li Bai se faufila dehors et partit en courant vers la rivière.

Il sauta de pierre en pierre, lança des cailloux dans l'eau, plic, ploc, courut après une libellule. Qu'il était bien, loin des livres !

Soudain, il entendit un drôle de bruit. Crrr… crrr… crrr…
Il s'approcha. Sous un grand saule, au bord de l'eau, une vieille dame était accroupie. Ses cheveux étaient blancs comme la neige, son dos était un peu courbé. Devant elle, il y avait une grosse pierre plate. Et dans ses mains, elle tenait une énorme barre de fer, lourde et épaisse, un pilon, comme ceux qui servent à écraser le grain. Elle frottait le pilon sur la pierre, lentement, patiemment. Crrr… crrr… crrr…

Li Bai la regarda un moment, très intrigué.
— Bonjour, grand-mère ! Qu'est-ce que vous faites ?
La vieille dame leva la tête et sourit.
— Bonjour, petit. Je fabrique une aiguille.

— Une aiguille ? Une aiguille à coudre ?
— Oui, une aiguille à coudre.
Li Bai regarda l'énorme barre de fer. Puis il imagina une toute petite aiguille, fine, légère, avec son petit trou pour passer le fil. Et il éclata de rire.
— Ha, ha, ha ! Avec ça ? Mais grand-mère, votre barre de fer est grosse comme mon bras ! Il vous faudra une éternité ! Vous n'y arriverez jamais !

La vieille dame ne se fâcha pas. Elle continua de frotter, crrr… crrr…, et elle répondit tranquillement :
— Aujourd'hui, je frotte un peu. Demain, je frotterai encore un peu. Et après-demain aussi. Chaque jour, le fer devient un tout petit peu plus fin. Il suffit de ne jamais s'arrêter. Un jour, ce gros pilon deviendra fin comme un cheveu, et j'aurai mon aiguille.

Li Bai arrêta de rire.
Il regarda la pierre. Il regarda le pilon. Il vit que le fer, à un endroit, était déjà un peu plus lisse, un peu plus brillant. La vieille dame avait déjà commencé. Et elle ne semblait pas du tout pressée.

Alors Li Bai pensa à ses leçons. À ses caractères qu'il trouvait trop longs à apprendre. À ses textes trop difficiles à réciter. Il se dit : « Si cette grand-mère a la patience de transformer une barre de fer en aiguille… moi, je peux bien avoir la patience d'apprendre mes leçons ! »

Il fit une petite révérence.
— Merci, grand-mère !
Et il repartit en courant… mais cette fois, vers l'école.
À partir de ce jour, Li Bai travailla. Un peu chaque jour. Quand c'était facile et quand c'était difficile. Il recopia ses caractères, récita ses textes, lut des livres et encore des livres. Un peu comme la vieille dame qui frottait son pilon : crrr… crrr… crrr…

Et tu sais quoi ? Li Bai est devenu l'un des plus grands poètes de toute l'histoire de la Chine. Aujourd'hui encore, plus de mille ans plus tard, les enfants chinois apprennent ses poèmes par cœur.

Depuis, les Chinois ont un proverbe pour se souvenir de cette histoire : 只要功夫深,铁杵磨成针. Cela veut dire : « Si ton kung-fu est assez profond, même un pilon de fer peut devenir une aiguille. »

Et le mot kung-fu, 功夫, que veut-il dire ici ? Il veut dire l'effort patient, le travail de chaque jour, le temps qu'on y met. Exactement ce que faisait la vieille dame au bord de la rivière.


