KUNG FU CLUB CHOLETAIS · DEPUIS 1997

Conte chinois pour enfants

Le pilon de fer et l'aiguille

铁杵磨成针Tiěchǔ mó chéng zhēn

Dès 5 ans6 min de lecture

Une vieille dame veut transformer une énorme barre de fer en aiguille : Li Bai éclate de rire… puis découvre le vrai sens du mot kung-fu !

Sous un saule au bord de la rivière, une vieille dame frotte un gros pilon de fer sur une pierre, le petit Li Bai la regarde, curieux

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Ferme les yeux, on te raconte l’histoire

Il était une fois…

On raconte qu'il y a plus de mille ans, en Chine, vivait un petit garçon qui s'appelait Li Bai. Il était vif, curieux, plein d'idées. Il adorait les histoires, les oiseaux, la lune et les rivières. Mais il y avait une chose qu'il n'aimait pas du tout : rester assis à apprendre ses leçons.

Le petit Li Bai, en tunique rouge, s'accroupit au bord d'un étang de lotus, un cerf-volant à la main

Chaque matin, Li Bai allait à l'école. Il ouvrait son livre, il regardait les caractères, un, deux, trois… et puis il soupirait. C'était long ! C'était difficile ! Il fallait recopier les mêmes caractères encore et encore, réciter les mêmes textes, encore et encore.

Dans la classe en bois, Li Bai pose le menton dans sa main pendant que les autres élèves recopient leurs caractères

Un jour, par la fenêtre, il vit un papillon passer. Le soleil brillait, les oiseaux chantaient.

Li Bai soupire devant son livre et regarde un papillon par la fenêtre

— Tant pis pour les leçons ! se dit-il. Je vais me promener.

Et hop ! Pendant que le maître avait le dos tourné, Li Bai se faufila dehors et partit en courant vers la rivière.

Li Bai se faufile hors de l'école, un doigt sur la bouche, vers le chemin de la rivière

Il sauta de pierre en pierre, lança des cailloux dans l'eau, plic, ploc, courut après une libellule. Qu'il était bien, loin des livres !

Li Bai saute joyeusement de pierre en pierre sur la rivière

Soudain, il entendit un drôle de bruit. Crrr… crrr… crrr…

Il s'approcha. Sous un grand saule, au bord de l'eau, une vieille dame était accroupie. Ses cheveux étaient blancs comme la neige, son dos était un peu courbé. Devant elle, il y avait une grosse pierre plate. Et dans ses mains, elle tenait une énorme barre de fer, lourde et épaisse, un pilon, comme ceux qui servent à écraser le grain. Elle frottait le pilon sur la pierre, lentement, patiemment. Crrr… crrr… crrr…

Sous un grand saule, une vieille dame aux cheveux blancs frotte une barre de fer sur une pierre ; Li Bai l'observe derrière l'arbre

Li Bai la regarda un moment, très intrigué.

— Bonjour, grand-mère ! Qu'est-ce que vous faites ?

La vieille dame leva la tête et sourit.

— Bonjour, petit. Je fabrique une aiguille.

Au bord de la rivière, la vieille dame frotte la barre de fer sur la pierre ; Li Bai la regarde, très curieux

— Une aiguille ? Une aiguille à coudre ?

— Oui, une aiguille à coudre.

Li Bai regarda l'énorme barre de fer. Puis il imagina une toute petite aiguille, fine, légère, avec son petit trou pour passer le fil. Et il éclata de rire.

— Ha, ha, ha ! Avec ça ? Mais grand-mère, votre barre de fer est grosse comme mon bras ! Il vous faudra une éternité ! Vous n'y arriverez jamais !

Li Bai rit en montrant l'épaisse barre de fer, pendant que la vieille dame continue calmement de frotter

La vieille dame ne se fâcha pas. Elle continua de frotter, crrr… crrr…, et elle répondit tranquillement :

— Aujourd'hui, je frotte un peu. Demain, je frotterai encore un peu. Et après-demain aussi. Chaque jour, le fer devient un tout petit peu plus fin. Il suffit de ne jamais s'arrêter. Un jour, ce gros pilon deviendra fin comme un cheveu, et j'aurai mon aiguille.

La vieille dame sourit tranquillement en frottant la barre de fer, à côté de Li Bai attentif

Li Bai arrêta de rire.

Il regarda la pierre. Il regarda le pilon. Il vit que le fer, à un endroit, était déjà un peu plus lisse, un peu plus brillant. La vieille dame avait déjà commencé. Et elle ne semblait pas du tout pressée.

Li Bai, tout près de la pierre, découvre un endroit du fer déjà lisse et brillant

Alors Li Bai pensa à ses leçons. À ses caractères qu'il trouvait trop longs à apprendre. À ses textes trop difficiles à réciter. Il se dit : « Si cette grand-mère a la patience de transformer une barre de fer en aiguille… moi, je peux bien avoir la patience d'apprendre mes leçons ! »

Li Bai se relève, les poings serrés et le sourire décidé, pendant que la vieille dame continue son travail

Il fit une petite révérence.

— Merci, grand-mère !

Et il repartit en courant… mais cette fois, vers l'école.

À partir de ce jour, Li Bai travailla. Un peu chaque jour. Quand c'était facile et quand c'était difficile. Il recopia ses caractères, récita ses textes, lut des livres et encore des livres. Un peu comme la vieille dame qui frottait son pilon : crrr… crrr… crrr…

Li Bai écrit à son bureau devant une fenêtre qui montre les quatre saisons

Et tu sais quoi ? Li Bai est devenu l'un des plus grands poètes de toute l'histoire de la Chine. Aujourd'hui encore, plus de mille ans plus tard, les enfants chinois apprennent ses poèmes par cœur.

Une nuit de pleine lune, Li Bai devenu grand poète, en robe blanche, écrit au bord de l'eau

Depuis, les Chinois ont un proverbe pour se souvenir de cette histoire : 只要功夫深,铁杵磨成针. Cela veut dire : « Si ton kung-fu est assez profond, même un pilon de fer peut devenir une aiguille. »

Sur un bureau de lettré, un pinceau, un rouleau de papier, la barre de fer et une petite aiguille côte à côte

Et le mot kung-fu, 功夫, que veut-il dire ici ? Il veut dire l'effort patient, le travail de chaque jour, le temps qu'on y met. Exactement ce que faisait la vieille dame au bord de la rivière.

Au coucher du soleil, la vieille dame frotte toujours la barre de fer sous le saule

La morale

Un peu d'effort chaque jour, c'est ça le vrai kung-fu : avec de la patience, on vient à bout de tout.

Kung-fu

Et le kung-fu dans tout ça ?

Le mot kung-fu, 功夫, ne veut pas d'abord dire « se battre » : il veut dire l'effort patient, le temps passé à s'entraîner. Chaque cours au club, c'est un petit coup de pierre sur le pilon. On ne voit pas toujours la différence tout de suite… mais jour après jour, les gestes deviennent plus fins, plus précis, comme une aiguille qui brille !

Dans une salle de kung-fu, des enfants en tenue noire et ceinture rouge font le même geste de poing, sous le regard de la vieille dame
Pour les parentsD’où vient cette histoire ?

Cette anecdote sur l'enfance du grand poète Li Bai (VIIIe siècle) est rapportée dans le Fangyu shenglan, un ouvrage de géographie de Zhu Mu (XIIIe siècle), soit plusieurs siècles après la vie du poète. Li Bai a bien existé, mais cette scène est légendaire : ce n'est pas un fait historique vérifié. Elle est à l'origine du proverbe 只要功夫深,铁杵磨成针, « si ton gōngfu est profond, un pilon de fer devient une aiguille ». Ici, 功夫 désigne l'effort patient : c'est le sens premier du mot kung-fu.

Pour aller plus loin : en.wiktionary.org