En bref
C’est quoi, la fête du Double Neuf ?
La fête du Double Neuf s'appelle Chóngyáng en chinois. Elle tombe le 9e jour du 9e mois du calendrier lunaire, en plein automne. Son nom vient de là : deux fois le chiffre neuf.
Dans la pensée chinoise ancienne, le neuf est un chiffre « yang », c'est-à-dire lumineux et plein d'énergie. Deux neuf, c'est un « double yang » : 重阳, chóngyáng. Et comme neuf (九, jiǔ) se prononce comme le mot « longtemps » (久, jiǔ), la fête souhaite aussi une longue vie.
Ce jour-là, la tradition invite à monter sur une hauteur, à admirer les chrysanthèmes et à prendre soin des plus âgés. C'est une fête calme et lumineuse, parfaite pour une balade en famille.
D’où vient la fête ?
Ce que raconte la légende
La légende de Huan Jing et de son maître
On raconte qu'il y a très longtemps, au temps de la dynastie Han, vivait un jeune homme appelé Huan Jing. Pendant des années, il avait suivi les leçons d'un maître très savant, Fei Changfang, qui connaissait les plantes, les saisons et les secrets du ciel.
Un jour d'automne, le maître prit son élève à part.
— Écoute-moi bien, Huan Jing. Le neuvième jour du neuvième mois, un malheur s'approchera de ta maison. Mais il existe un moyen de le tenir à l'écart.
Et il lui expliqua : chacun, dans la famille, devait coudre un petit sachet de tissu rouge, le remplir de branches de zhuyu, une plante au parfum très fort, et l'attacher à son bras. Puis toute la famille devait monter en haut de la montagne et boire là-haut une boisson aux fleurs de chrysanthème.
Huan Jing rentra chez lui sans perdre une minute. Toute la famille se mit au travail : on cousit les sachets, on cueillit les branches parfumées, on prépara les fleurs. Le neuvième jour du neuvième mois, tout le monde partit vers la montagne, le petit sachet rouge au bras.
Ils grimpèrent longtemps, en se donnant la main dans les passages difficiles. En haut, on voyait les champs et les toits du village, tout petits. Ils passèrent la journée ensemble, à l'abri, à boire leur boisson de chrysanthème et à regarder le paysage.
Le soir, quand ils redescendirent, la famille était saine et sauve. Le malheur était passé loin d'eux.
Depuis, raconte-t-on, les familles chinoises montent sur les hauteurs le neuvième jour du neuvième mois, avec des chrysanthèmes et des branches de zhuyu. Une façon de veiller les uns sur les autres, et de passer une belle journée ensemble.

Cette légende parle de montagne, de famille et de patience. Un conte chinois aussi : Le vieil homme qui déplaça les montagnes, l'histoire de Yugong, un grand-père qui ne renonce jamais. Il se lit très bien le jour du Double Neuf, au retour de balade.
Pour les parents. Cette légende est rapportée dans le Xu Qi Xie Ji, un recueil de récits écrit par Wu Jun au début du VIe siècle. Le texte ancien ne dit pas quel malheur menace la famille, et sa fin est plus triste : en rentrant, la famille découvre que ses animaux de ferme sont morts à sa place. Nous avons gardé pour les enfants l'essentiel : l'écoute du maître, l'entraide et la montée sur les hauteurs. Dans le récit, on boit du vin de chrysanthème ; nous parlons ici d'une boisson aux fleurs.
Les traditions
Ce que l’on fait ce jour-là
- 登高 dēnggāo
Monter sur les hauteurs
C'est la tradition la plus importante. On grimpe sur une colline, une montagne ou même une tour pour admirer le paysage d'automne. Monter, c'est aussi souhaiter que tout « s'élève » : la santé, le courage, la joie.
- 赏菊 shǎngjú
Admirer les chrysanthèmes
En Chine, le chrysanthème est la fleur de l'automne. Il fleurit quand les autres fleurs fanent, et on l'associe à la longue vie. On l'admire dans les jardins et on boit du thé de chrysanthème, doux et parfumé. En France, on l'offre surtout à la Toussaint ; en Chine, c'est une fleur de fête.
- 茱萸 zhūyú
Porter une branche de zhuyu
Le zhuyu est une plante au parfum très fort, qu'on traduit souvent par « cornouiller ». Autrefois, on en glissait des branches dans ses cheveux ou dans un petit sachet. Il y a environ 1 300 ans, le poète Wang Wei, loin de chez lui ce jour-là, imaginait ses frères sur la colline, tous avec leur branche de zhuyu… et il manquait quelqu'un : lui.
- 敬老 jìnglǎo
Fêter les aînés
Puisque le Double Neuf souhaite une longue vie, c'est aussi le jour des personnes âgées. En Chine, il est devenu officiellement la « fête des aînés » : on rend visite aux grands-parents, on les emmène en promenade, on partage un repas avec eux.
À table
Ce qu’on mange
Le gâteau du Double Neuf s'appelle chóngyáng gāo (重阳糕). Le mot gāo, « gâteau » (糕), se prononce comme gāo, « haut » (高) : en manger, c'est un peu monter sans quitter la table !
Ce gâteau à base de farine de riz, cuit à la vapeur, est souvent garni de dattes, de châtaignes ou de noix, parfois en plusieurs couches. On plante parfois sur le dessus de petits drapeaux de papier de couleur. Pour l'accompagner, on boit du thé de chrysanthème : les fleurs séchées se trouvent dans les épiceries asiatiques.

Une recette en famille
Le gâteau vapeur du Double Neuf, version facile
Ingrédients
- 200 g de farine de riz gluant (épicerie asiatique)
- 100 g de farine de riz
- 70 g de sucre (blanc ou roux)
- environ 230 ml d'eau tiède
- 8 dattes dénoyautées
- une poignée de châtaignes cuites (en bocal ou sous vide) ou de cerneaux de noix
- une poignée de raisins secs
- un peu d'huile pour le moule
Étapes
- Dans un saladier, mélangez les deux farines et le sucre. Versez l'eau petit à petit en remuant, jusqu'à obtenir une pâte épaisse et lisse, un peu comme une pâte à gaufres.
- Les enfants coupent les dattes en petits morceaux avec un couteau à bout rond et émiettent les châtaignes.
- Huilez un moule rond qui rentre dans votre cuit-vapeur. Versez la moitié de la pâte, parsemez la moitié des fruits, puis versez le reste de la pâte : voilà un gâteau à étages ! Décorez le dessus avec le reste des fruits.
- Faites cuire à la vapeur environ 35 minutes. C'est un adulte qui s'occupe de la vapeur, car elle brûle. Le gâteau est cuit quand il devient brillant et un peu translucide.
- Laissez tiédir, démoulez, et plantez sur le dessus de petits drapeaux en papier collés sur des cure-dents. Coupez-le avec un couteau huilé : il est moelleux et collant.
Astuce : Pas de cuit-vapeur ? Posez le moule sur un ramequin retourné dans une grande casserole avec deux doigts d'eau, et couvrez. Le riz gluant colle beaucoup : pour les plus petits, coupez de toutes petites bouchées.
En famille
Des idées pour fêter ensemble
Une balade sur une colline près de Cholet
Pas besoin d'une grande montagne : l'important est de monter un peu et de regarder loin. Autour de Cholet, plusieurs hauteurs offrent une belle vue sur le bocage, par exemple le mont des Alouettes et ses moulins, aux Herbiers, ou la colline des Gardes, dans les Mauges, toutes deux à environ une demi-heure de route. Une côte près de chez vous fait aussi très bien l'affaire ! Là-haut, chacun dit ce qu'il voit… et pourquoi ne pas lire ensemble le conte du vieil homme qui déplaça les montagnes ?
Le jeu des neuf trésors
Pendant la promenade, cherchez neuf trésors d'automne : neuf feuilles de couleurs différentes, neuf glands, neuf petits cailloux… De retour à la maison, on peut les coller sur une grande feuille en forme de chiffre 9.
Un chrysanthème en papier
Découpez une bande de papier jaune ou orange d'environ 5 cm sur 30 cm. Faites des franges sur toute la longueur, sans couper jusqu'au bord. Enroulez la bande autour d'une paille, collez le bout, puis écartez les franges : voilà un chrysanthème qui ne fane jamais.
Une surprise pour les grands-parents
Appelez-les, rendez-leur visite ou envoyez-leur un dessin. Les enfants peuvent recopier le caractère 寿 (shòu), qui veut dire « longue vie », ou dessiner la famille en haut d'une colline. Et si on demandait aux grands-parents de raconter une balade de leur enfance ?


